L’effet « hipster » sur les recherches d’emploi au Québec

Le mot « hipster » désigne à l’origine une personne suivant des tendances marginales, mais ces tendances autrefois uniques se sont par la suite popularisées. L’essor de la culture « hipster », qui n’a plus rien du phénomène marginal, a créé un petit boom des recherches d’emplois liées à cette mode partout en Amérique du Nord, dont au Québec.

De nos jours, les hipsters sont légion au Québec et au Canada en général. Leur amour du café, du yoga et des tatouages a créé une économie de services branchés bien à eux, à tel point que les postes d’instructeur de yoga, de tatoueur et de barista se multiplient.

Indeed a examiné l’impact de cette culture sur le marché du travail québécois. Nous voulions tout particulièrement mettre le doigt sur les tendances en emploi qui ont fait naître cette « économie hipster ». Voici les résultats :

Les recherches associées à la culture « hipster » ont augmenté de 168 % de 2015 à 2018 au Québec

C’est une véritable vague qui déferle sur le Québec. En décembre 2018, on recensait 530 recherches d’emploi branchés dits « hipster » pour un million, une hausse de 168 % depuis janvier 2015 (contre environ 91 % au Canada). Grands amateurs de café et de bière artisanale, les hipsters ne se contentent plus de consommer ces produits, ils souhaitent aussi être des acteurs de ces secteurs.

Les métiers de barman, de tatoueur et de chef, populaires depuis des dizaines d’années, ont été redécouverts par la génération Y (les milléniaux) et comptent maintenant parmi les plus recherchés au Québec.

Dans un article de MarketWatch*, le sociologue Richard Ocejo fait remarquer que la nouvelle génération favorise généralement « les expériences et les formes spécialisées de consommation au détriment des produits génériques de masse… Cette culture a créé le noyau de consommateurs pour ces emplois et draine le gros de la consommation actuelle ». À l’ère numérique, ce type d’emplois permet aux milléniaux de travailler avec des objets matériels et d’être créatifs.

Hausse des recherches d’emploi contenant les termes « yoga, » « végan » et « tatouage » en 2018

« Yoga » est le terme d’emploi branché le plus recherché au Québec, ayant généré 287 recherches pour un million dans la seconde moitié de 2018. C’est près du double des recherches associées au deuxième terme sur la liste : « végan »  (végétalien). La popularité de ce dernier ne se dément pas, et les dernières recommandations de Santé Canada favorisant l’alimentation végétale au détriment de la viande et des produits laitiers pourraient bien stimuler le végétarisme et le végétalisme.

Le mot « tatouage » vient au troisième rang du classement. Le tatouage a la cote auprès des milléniaux*. Son importance dans la culture populaire a également contribué à promouvoir le métier, mettant le tatouage à l’avant-plan. Signalons par ailleurs que les personnes tatouées sont moins stigmatisées qu’avant. Certains employés ont même commencé à les exhiber au travail, et un jugement de la Cour supérieure du Québec leur en reconnaît le droit.

La « bière artisanale » vient au quatrième rang. Si le Québec est bien connu pour ses microbrasseries (Unibroue, Le Cheval Blanc, Les 3 Brasseurs, etc.), le reste du pays n’échappe pas à cet engouement. Le monde de la bière artisanale connaît une telle effervescence que, de 2013 à 2017, 817 nouvelles brasseries ont vu le jour au pays (190 au Québec), selon Beer Canada*, soit une hausse de près de 18 % (16,6 %* au Québec) de 2016 à 2017.

Fait à noter : pratiquement tous les emplois de notre liste n’exigent pas de diplôme d’études postsecondaires, seulement de la formation sur les lieux de travail ou un stage. Certains des postes se sont spécialisés au fil du temps. De nos jours, le barman s’appelle « mixologue » et la personne qui prépare le café porte le titre de « barista ». C’est plus qu’un emploi, c’est un art.  

Les offres d’emploi s’adaptent à la tendance

Vu l’essor de la consommation de ces biens et services, les offres d’emplois suivent la demande.

Sur Indeed, c’est sous le terme « chef » qu’on retrouvait le plus d’offres d’emploi en 2018, et de loin. On peut attribuer ces résultats à l’industrie florissante de la restauration* au Canada et à l’amour de la cuisine au Québec. Suivaient dans l’ordre « barman » et « barista ». Notons au passage que nombreux sont les jeunes à adopter un mode de vie sain, d’où la grande popularité des cafés, au bénéfice des indépendants comme des multinationales.

Les offres d’emploi populaires concordent avec les recherches d’emploi, puisque la liste se poursuit avec le yoga (au 4e rang) et le tatouage (au 5e rang).

Combien de temps les gens restent-ils dans des emplois « hipster » au Canada?

Le zappage professionnel est maintenant monnaie courante, et ce, même dans les principaux emplois branchés au Canada. En général, les tatoueurs gardent leur emploi plus longtemps (près de quatre ans), et les professionnels du yoga, plus de trois ans, sans doute en raison du temps qu’il faut pour se former. Les autres emplois populaires (liés à la microbrasserie, au café, au bio, au végétalisme, etc.) ont le plus fort taux de roulement : les employés partent après moins de deux ans.

Si cette situation s’explique par le fait que ces emplois sont à temps partiel ou de premier échelon, le resserrement du marché du travail n’y est peut-être pas étranger. En raison de la faiblesse actuelle du taux de chômage, les chercheurs d’emploi choisissent des carrières qui les passionnent, pas seulement qui paient bien. Dans un marché très concurrentiel, les employeurs rivalisent d’ingéniosité pour attirer et retenir les talents en offrant un salaire plus élevé et des avantages liés au mode de vie « hipster ».

Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette tendance au Québec et dans le reste du Canada. Qui sait si cette « économie hipster » n’ouvrira pas de nouvelles voies professionnelles?

Méthodologie

Recherches et offres d’emploi pour un million au Québec contenant les termes « biologique », « végan », « café », « boutique », « yoga », « brasserie », « bière artisanale », « tatouage » et « distillerie » du 1er  janvier 2015 au 1er  janvier 2019. Pour connaître la durée des emplois hipster au Canada, nous avons examiné les données des CV et calculé la durée moyenne d’emploi des utilisateurs.  

*article en anglais